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  • Thibaut DUPUY

2019, une histoire d'Ouverture(s)...


2019, une année qui est née pour moi sous le signe du changement. Pour commencer, un retour aux sources, par le biais d'une réinstallation en Lozère (48), mon département de cœur. Puis, comme un aboutissement, après plusieurs années de travail, de voyages et de découvertes autour du Monde et en France, grâce à la création de ma micro-entreprise : "Pêche au Pays des Sources".

C'est donc dans ce contexte et dans cette posture, inondé d'un sentiment que j'oserai presque qualifier de plénitude, que j'ai abordé mon ouverture de la pêche à la truite 2019. Je ne le savais pas encore évidemment, mais cette journée allait marquer ma vie de pêcheur à jamais, grâce à la beauté des paysages, des situations et des habitants à écailles que la Lozère, en hôte parfois rude mais très souvent généreuse, aura la bonté de m'offrir...

Truite fario de 35cm prise à l'ouverture.

Le genre de journée qui sort de l'ordinaire. De celles où, malgré un plan de pêche prédéfini et d'une précision chirurgicale, où chaque mouvement, déplacement sur l'eau ou direction de lancer, aura été précisément pensé et étudié, le doute reste présent. Un doute et une excitation, suralimentés par les discussions de pré-ouverture, les anecdotes de pêche des années précédentes, des dires sur le potentiel exceptionnel d'un ruisseau, d'une rivière, d'un lac...


Ces milieux aquatiques qui nous font rêver et fabuler, d'où l'on dit et l'on sait qu'il est possible à tout moment d'avoir le privilège de toucher un poisson record, tout comme il est possible de passer à côté de ce même poisson toute une vie de pêcheur durant, et de finir ainsi par le mythifier....



De l'excitation et du doute ? Un mélange détonnant pour une ouverture 2019 réussie !

Truite lacustre de 53cm, premier poisson de mon ouverture 2019.

Comme prévu dans mon "plan de bataille", j'attaquerai mon année 2019 en pêchant aux leurres en float-tube. Non pas que l'idée de tenter un beau poisson avec un des nombreux streamers montés cet hiver ne m’aie traversé l'esprit, mais mon intuition m'indiquait alors d'être patient, et d'attendre le mois d'avril ou de mai, pour les pêches à la mouche... Bien m'en pris lorsqu'après une heure de néant total sur mon float-tube, mes pieds commençant à littéralement congeler malgré deux couches de néoprène (eau de surface mesurée à 3,5°C...), mes mains et ma tête restaient extrêmement concentrés sur la pêche*. Elles réceptionnèrent ainsi une "frappe" d'un autre monde, qui vint réveiller tout mon corps alors engourdi. Et ce fut une belle surprise, puisqu'une fois dans l'épuisette, après un combat de début de saison encore timide, je me réjouis d'admirer ma première truite lacustre de 2019. Une truite d'une forme déjà athlétique, mesurée à 53cm, une photo souvenir et un retour aux eaux froides. A cette heure-ci, je suis déjà ravi de mon ouverture, pourtant elle est loin d'être terminée...


*Pour les néophytes, un pêcheur, lors de l'ouverture de la pêche, c'est un peu comme si...Comment dire... Comme s'il avait bu de la potion magique, ou attrapé une étoile d'invincibilité pour les fans de Mario : il ne peut rien lui arriver. Ni le froid, ni la pluie, ni la neige, ni la nuit (la veille d'une ouverture, le pêcheur ne dort pas vraiment) ne le déconcentreront dans sa pêche, et il restera concentré coute que coute, même si son corps le lâche.



Rencontre avec Lucy (Dinknesh pour les intimes).


Bien que le rapport entre le premier fossile découvert (presque) complet d'un australopithèque, - datant de quelques 3,2 millions d'années - et d'une truite, soit un peu capillo-tracté [...], j'ai décidé de la surnommer Lucy (vous me direz "Lucy, pour un mâle?", qu'importe). Je n'ai pas pour habitude étrange de donner des petits noms à des poissons que j'attrape (et relâche, toujours), mais cette relique de nos milieux aquatiques méritait au moins ça. Et pour cause, un poisson de cette espèce, de cette taille, de cet âge (informations complémentaires dans la suite de l'article), c'est ce qu'on peut qualifier sans abuser de la sémantique de "Poisson d'une vie".

Lucy : Salmo trutta dinosaurus, 75cm de pure génétique en concentré.

" Il faudrait penser à inventer une épuisette spéciale "très gros poissons", car le modèle spécial "gros poissons" n'est vraiment plus adapté...! "

Un poisson à en faire oublier tous les autres capturés avant lui, en ce jour si particulier (une fario opportuniste de 35cm et un festival de perches de 10cm (peut-être 8...) à 30cm). C'est en "rentrant au port", en pêchant en linéaire* que mon cœur, mon leurre, ma canne et mes bras, se sont arrêtés net. S'en suivirent des coups de tête qui ne laissent pas de place aux questionnements de base : c'est bien un poisson, pas une souche, et il est gros, vraiment gros... Vraiment très gros même, quand 10 minutes après l'avoir piqué (paraissant durer une éternité), ce monstre (de beauté) peine à rentrer dans mon épuisette... " Elle est trop petite, ou la truite est trop grosse, ou mes bras tremblants ne sont pas en capacité d'effectuer la manipulation correctement ", qu'en sais-je au fond... Toujours est-il qu'elle y entre tant bien que mal dans cette épuisette, et que je crie, fort, sans retenue et sans me demander si ça peut déranger quiconque, comme une libération. J'évacue cette pression montée de façon exponentielle en seulement 10 minutes, et je réalise, bêtement, que "j'ai mon record".


Je me précipite sur la berge la plus proche, et je flashe l'animal en ne le sortant pas de l'eau dans un premier temps, pour immortaliser son être, et mon souvenir de sa rencontre. Je le mesure aussi, accessoirement, pour le chiffre : 75cm (oui, je l'ai mon record fario en France, et bien en plus...). Je me permet de le sortir de l'eau pour la traditionnelle "photo de famille", pas facile de réalisation en étant seul... Puis je la rend à son royaume aquatique, l'observant regagner les profondeurs avec une tranquillité déconcertante, comme si elle avait compris dès qu'elle avait engamé mon leurre qu'elle allait de toute façon rentrer chez elle. Un vieux poisson expérimenté, qui s'en retourne à son territoire, et une larmette sur ma joue plus tard, je sortais de l'eau et appréciais fièrement de me refaire le film de cette ouverture plus que réussie, en essayant de ne pas trop "abuser" lorsque j’eus à raconter cette histoire en rentrant chez moi !


* Ne me demandez pas la marque du leurre, la profondeur de pêche, ni l'emplacement précis d'où la scène s'est produite, ce poisson exceptionnel m'a fait tout oublier. Et puis ce n'est pas le sujet, après tout vous ne lisiez pas mon article pour ça, non...? A bon entendeur, pour la suite de mes publications ;-) !



Vous pensez que la pratique du NO-KILL est un "effet de mode"? Vous doutez du potentiel d'un poisson capturé à survivre ? Le paragraphe qui suit est pour vous !

Lucy, 68cm, prise en 2014 par Sioux-Fishing. Crédit photo Sioux-Fishing.

J'ai peut-être des pertes de mémoires, des fois, sûrement même selon ce que dit ma compagne...! Mais une truite, sa robe et sa forme, je ne les oublie pas. Ce fait est peut-être à mettre sur le compte d'une déformation professionnelle, mais j'ai pu le vérifier à plusieurs reprises. Et là, vous voyez peut-être où je veux en venir. Ce poisson, cette Lucy, je ne l'avais personnellement jamais croisé dans les années précédentes. Mais dans les jours précédents, mon excitation pré-ouverture m'avait amené à quelques recherches "dirigées" sur internet. J'avais donc vu de nombreuses truites lacustres, farios, arc-en-ciels (ensanglantées ou non d'ailleurs...), et un profil de poisson avait particulièrement retenu mon attention. Cette truite fario, pas lacustre, juste fario, pêchée en 2014, qui mesurait 68cm et arborait (déjà...) une robe magnifique. Fort du souvenir de cette image, je me suis penché à tête reposée sur la question du "et si c'était la même truite" !? Question un peu folle, puisque si ce poisson avait effectivement pris 7cm en 5 ans, quel âge aurait-il alors ? 10 ans? 15 ans? Pour une truite fario lacustre, mesurer 75cm n'est pas aussi rare et ne nécessité pas autant d'années de croissance. Mais pour une truite fario de rivière, d'autant plus dans un milieu où la pression de pêche est assez élevée, c'est une taille et un âge difficilement accessibles...


A gauche, Lucy à 75cm en 2019, à droite, Lucy à 68cm en 2014. La comparaison des points sur l'opercule ne trompent pas, malgré une inclinaison différente du poisson sur les deux photos. La forme au centre de l'opercule (imaginez un 5 sur un dé) est révélatrice. Crédits photos Pêche au Pays des Sources et Sioux-Fishing.

Trêve de fabulation, j'ai finalement retrouvé la photo, fais mes analyses d'image, et immédiatement contacté leurs propriétaires (Sioux-fishing) pour les prévenir de ma découverte, et les remercier pour leur release d'époque. Car oui, et il n'y a aucun doute là-dessus, 5 ans après sa capture documentée par Sioux-fishing, j'ai eu affaire au même poisson, et je souhaite qu'un autre pêcheur consciencieux aura cette chance dans les années à venir, car Lucy hante toujours ces eaux, n'en déplaise aux médisants !



Épilogue d'ouverture...


Que rajouter de plus... Ah si, une ouverture 2019 exceptionnelle, offerte par mon département de cœur, là où tout a commencé pour moi, et lors du commencement de ma nouvelle activité... Comme un signe de bienvenue offert par cette nature et ce territoire qui me sont chers, et qui me conforte dans mon objectif. Ce dernier, finalement, n'est que de me mettre à leur service, au travers de mes prestations et animations, via une sensibilisation accrue des pêcheurs sur la fragilité de ces milieux et de ces poissons qui, osons le dire en regardant (largement) ce qui se passe autour de nous, sont les derniers représentants sauvages de populations piscicoles très impactées, sans réel répis, par l'homme et ses (trop nombreux) travers.

Depuis un certain nombre d'années, les mentalités changeantes face à la réalité d'une nature à bout de souffle poussent des femmes et des hommes à s'investir pour changer les choses. Le monde de la pêche n'y échappe pas, et c'est de bonne augure pour la suite. En fin de compte, et si redonner un second souffle aux milieux aquatiques ne consistait qu'à ramasser son fil et ses déchets après une partie de pêche ? A laisser le milieu qui nous a offert un réel plaisir dans le même état qu'à notre arrivée (n'y voyez aucun rapport avec un écriteau sur une porte de WC...) ? A apprendre à mieux connaitre le milieu dans lequel on pratique son loisir, son fonctionnement, le cycle de vie de ses habitants, leur fragilité, à prendre le temps de l'observer, plutôt que de ne le voir que d'un œil consumériste et intéressé (#quota) ? A ne prélever un poisson sélectionné que très rarement et à trouver du plaisir à photographier et relâcher tous les autres...? Avis aux amateurs... ["UTOPISTE !!!"]


Thibaut DUPUY, Moniteur Guide de Pêche en Lozère

Pêche au Pays des Sources

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